29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 18:32

IRM3

 

Douleurs & Soins

Le soin est ce qui soulage la souffrance, mais plus simplement ce qui fait du bien et témoigne d'une attention. Qui, mieux que moi, peut prendre soin de Samuel ? Toutes les trois heures l'hôpital organise les « soins », aussi bien la toilette que l'alimentation, les médications, pansements, aspirations systématiques. Les soins peuvent-ils donc être mécaniques ? Dans ce joli mot, la pédiatrie confond le vital et le protocolaire, le besoin réel et la prescription. Trouble. Cela va plus loin : elle masque aussi pudiquement la violence ; comme le médicament peut être poison, le « soin » peut être agression. Avec ce terme enfin, la pédiatrie s'accapare les tâches maternelles. Curieuse et douloureuse confiscation, je ne comprends pas que je ne puisse moi-même changer mon fils, et, pire, que je ne puisse entrer au prétexte qu'on lui fait ses « soins ». Tantôt je peux y assister, tantôt non... selon quel caprice ? Je comprends qu'il y a là une tentative de dissimulation, que l'on cherche à cacher l'agressivité trop évidente de certains gestes : pénétration des tuyaux dans le larynx, compression des côtes qui fait bouger les sondes alimentaires et respiratoires. Croit-on donc que, pour ne pas la voir, je puisse ignorer cette douleur répétée ? Croit-on pouvoir m'épargner une souffrance que je ressens personnellement ? Ici le soin est autoritaire, protocolaire, anonyme, et ce faisant il manque en partie son objectif pour flirter dangereusement avec la douleur.

 

Ecrire & Tenir

Un mois que nous sommes au front de la vie. Alors un soir je commence à raconter ces journées trop lourdes, à reconstituer les heures d'hôpital, parce que ce présent est étouffant, je veux mesurer le temps, j'ai besoin d'inscrire les jours pour les reléguer dans le passé ; je veux, aussi, que Samuel sache comment il est entré dans la vie, qu'un jour il puisse remonter l'histoire. Je n'imagine pas l'avenir, c'est impossible, mais le témoignage s'impose. Alors je consigne la souffrance, les progrès, les questions. C'est un journal. Ceux qui voudraient que je me change les idées, qui m'enjoignent de laisser faire les professionnels, ne comprennent pas que rentrée chez moi je m'isole encore pour écrire : mais c'est ainsi que je me décolle du réel dévorant, que je renoue avec mon souffle propre.


Epreuve & Impuissance

L’épreuve, c’est la souffrance, le malheur, l’adversité ; c’est ce qui pulvérise le quotidien, ruine tous les projets et nous enchaîne au présent. L’épreuve nous rappelle violemment que nous ne maîtrisons pas nos existences, la grande illusion moderne. L’épreuve c’est aussi ce qui suscite les plus grandes qualités humaines : le courage, la patience, la résistance, la combativité, l’intelligence. Elle grandit qui l’affronte. Désordre soudain, elle oblige à inventer ; pour passer au travers, il faut consolider ses appuis, chercher à comprendre, trouver des stratégies nouvelles. Elle est passage, leçon de vie. Mais on ne le sait que bien plus tard, par delà la souffrance qui est incompressible, qui doit être vécue comme telle, et il n’y a rien que l’on puisse faire pour celui qui y est soumis. Pour l’entourage, pour les soignants eux-mêmes, l’épreuve c’est l’impuissance.

 

IRM5

 

Hélène Genet