21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 21:42

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/racine/film/le-discours-d-un-roi-2186455/31922177-11-fre-FR/Le-Discours-d-un-Roi_fichefilm_imagesfilm.jpgUn film à nouveau, parce que le cinéma est un média facile, qui parfois offre le meilleur, support dans ce cas des fables qui nous révèlent à nous-mêmes.

Le film de Tom Hooper, quoique reprenant une anecdote historique, l'intrônisation d'Edouard VI, propose ainsi une véritable leçon de politique et une formule de la liberté.

1937 : George V vient de mourir, son fils aîné Edouard VIII renonce rapidement à la couronne qui revient alors à son frère, prince d'York, bègue et incapable de s'exprimer en public. Mais c'est aussi l'époque du développement de la radiophonie, dont s'empare aussitôt le politique : tandis qu'Hitler déverse ses harangues sur les ondes et tétanise les foules, George VI doit affronter simultanément l'héritage paternel, la responsabilité d'un empire, la menace nazie et... son discours défaillant. C'est cet extraordinaire défi que relate le film, la conquête d'une parole propre en même temps que celle de l'autorité politique suprême.
On peut évidemment dénoncer les entorses à la vérité historique ou le royalisme du film : en réalité, George VI avait maîtrisé son handicap bien avant la guerre ; ce n'est pas lui mais Churchill qui occupait le devant de la scène ; enfin le positionnement politique ds Windsor ne fut pas si vertueux. Mais ce n'est pas dans le réalisme historique que le film trouve sa justification profonde ; centré sur le symptôme et sur la relation thérapeuthique, le scénario vise surtout une vérité psychologique. L'articulation avec la grande histoire et l'ordre politique est ce qui permet de lire les enjeux symboliques de l'épreuve.

Car il s'agit de passer de l'autre côté : prendre la place du père, se défaire de son emprise tout en pérénisant l'ordre et les valeurs qu'il incarnait ; perpétuer et tuer, tension extrême, dont le bégaiement dit l'impossible résolution. L'enjeu est bien d'accéder à une libre parole qui impose enfin aux autres une identité jusque là refoulée.

Le passeur est un australien original aux allures de psychanalyste : d'abord il instaure un rapport de stricte égalité avec son trop prestigieux client ; ensuite il fait office de miroir pour lui restituer son discours ; enfin il démystifie les figures du pouvoir suprême. Parmi ses techniques, la profération d'insanités : on voit le monarque déblatérer des horreurs, les traits déformés par la hargne. Comique ? Pas seulement : Hitler n'a pas d'autre visage quand il s'adresse aux foules et on voit par là que le discours du pouvoir confond dangereusement l'imposition d'une volonté et l'extermination de la liberté ; mais aussi qu'on ne saurait trouver sa voix propre sans violence, sans faire trou dans le langage.

Tom Hooper fait coïncider la guérison avec le discours de déclaration de guerre à l'Allemagne nazie le 4 septembre 1939 : effet dramatique bien sûr, la tension est inégalable, la parole ne peut pas faire défaut quand elle s'adresse à des millions d'individus, engage une nation entière et met le feu aux poudres. Pourtant il ne s'agit pas seulement de jouer avec nos émotions. Ce qui est réactivé ici, c'est la force opératoire du discours politique, loin des promesses et faux-fuyants des gouvernants actuels en mal de sensations ; ce qui est rappelé ici, c'est que le politique a vocation à défendre des valeurs et qu'il n'est rien sans le courage moral.

 

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